Les temps sont durs...

Samedi dernier, je profitai de mon séjour à Nice pour aller me faire rafraîchir la crinière chez mon coiffeur préféré.
11h00, l’heure de pointe habituelle le samedi, et pourtant il n’y a que deux personnes lorsque je débarque au salon.
Jessica, la shampooineuse coloriste, en profite pour partager un expresso avec moi pendant que mes cheveux crament sous les pigments châtains dorés.
Elle a pas trop le moral Jessica, elle est en train de divorcer et sa solitude toute nouvelle ne lui sied pas vraiment. Je sens qu’elle a envie de parler. Elle en a gros sur le cœur et je lui prête volontiers mon oreille.
En plus, je suis dans la merde, me dit-elle, j’ai des dettes par-dessus la tête et je n’arrive pas à m’en sortir.
"T’as pris des crédits, c’est ça ? Pour acheter une bagnole ?"
"Une bagnole ? Tu parles, j’aimerai bien. Non même pas, je me trimballe toujours dans ma vielle Panda. J’ai cumulé des petits crédits, tu sais genre Sofinco, Cételem."
« Ouais, je vois, le petit bonhomme vert hideux qui veut nous faire le portefeuille »
« Pour des conneries en plus, 800 euros noël dernier pour gâter les gosses, 900 pour le permis de ma fille, 500 pour la machine à laver qui m’a lâché. Enfin tu vois, rien d’essentiel, mais je gagne pas assez pour assurer les bonus. Sorti du loyer de la bouffe et de l’essence, ça devient dur d’assurer les à-côtés.
« C’est vrai que les salaires sont minables. Et tout devient inabordable. La bouffe même devient inaccessible »
« M’en parle pas, tu sais que ça fait deux ans que j’ai pas poussé un caddie chez Carrefour ! Non, maintenant c’est Leader Price et compagnie. Avec 3 gosses et un mari qui assure pas, j’ai pas le choix »
Pauvre Jessi, ça m’emmerde d’entendre ça, ça me colle des frissons et je sais quelle est loin d’être la seule à galérer comme ça.
J’ai un peu honte d’entendre des trucs pareils dans mon pays bien-aimé. Je sens qu’on est tout droit partis dans le sillon des Etats-Unis et qu’à son instar, notre classe moyenne est appelée à disparaître à plus ou moins long terme.
Ah Jessi, te reste plus qu’à te trouver un Emir. Un de ces soirs on ira boire une coupe au Negresco histoire de voir si le bonheur passerait pas par le comptoir à l’heure de l’apéro.
Je quitte Jessi avec une chevelure de rêve et le sourire dans les baskets.
Et comme le diraient les NULS : Les temps sont durs, les bites sont molles, les femmes se plaignent…(lol)